« On n’a pas d’argent mais on a des bras »

Le premier chantier participatif, c’était il y a onze ans. Depuis, rien (même pas le Covid) n’a réussi à émousser la motivation de plusieurs dizaines d’habitants de Bergbieten. Huit journées dans l’année, parfois plus, ils se retrouvent pour des travaux divers. Avec la satisfaction de faire avancer la commune.
Une chose est certaine, Dominique, Alain, Claude et la dizaine de bénévoles du jour n’auront pas besoin de berceuse à l’heure du coucher. « On devrait bien dormir ce soir, confirme Laurence Meylheuc, une fourche à la main. On sera fatigués, mais contents. »
Nous sommes un samedi de la fin mars, à Bergbieten. Sur les coups de 15 h, le soleil brille encore mais le fond de l’air est frais. Peu importe. Pour élaguer, tronçonner, broyer, faire du béton, poncer, on a plutôt envie de se retrousser les manches.
Depuis 8 h ce matin, cinq habitants sont au chevet du Kehlbach. Jusqu’à quelle heure ? « Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’essence dans le moteur », rigole Laurence Meylheuc, par ailleurs conseillère municipale. « Quand on n’en peut plus, aux alentours de 17 h », prolonge Dominique Staudt, lui aussi élu.
La mission du jour : dégager les berges du ruisseau qui coule à la sortie du village. À l’arrivée des travailleurs du jour, « on n’y voyait pas à deux mètres ». À leur départ, 200 mètres de rives ont été éclaircis. « Les propriétaires des berges n’ont pas toujours le temps de le faire alors on s’en occupe pour éviter des drames, détaille Laurence Meylheuc. Car les branches peuvent former des bouchons et faire déborder le ruisseau. »
Plus propre et attractif aujourd’hui qu’hier
Un peu plus haut dans le village, on s’active aussi. Cette fois, ce sont la truelle et le niveau que manient Stéphane, Antoine et Albert Goetz, le maire. Grâce à eux, et une poignée d’autres qui ont donné un coup de main dans la journée, trois bancs et trois tables en bois habillent désormais la piste cyclable qui relie Bergbieten et Balbronn. Avec l’opération « broyage » du matin, l’objectif de cette journée de travail est atteint. Le village sera plus propre et attractif aujourd’hui qu’hier.
« C’est normal de participer, on veut embellir notre village », justifie Dominique Staudt. Installation de 136 lampes led, création d’une base de retournement pour les camions poubelle, ravalement de la façade de la mairie, agrandissement du terrain de jeux des enfants, fleurissement, décoration du village, etc : tous ces travaux ont été portés par des bénévoles. À venir dans les prochaines semaines : la construction d’une annexe aux ateliers municipaux et l’installation de l’éclairage au terrain de foot.
La règle est simple : la commune paye le matériel puis les bénévoles prennent la main. Les tables et les bancs en bois de la piste cyclable ? C’est Eugène Goetz, 84 ans, qui les a réalisés. Besoin de machines outils pour les installer ? Un conseiller municipal met à disposition les siennes.
« On a la chance d’avoir beaucoup de personnes manuelles dans le village ».
« Si l’on a besoin d’un électricien, on cherche d’abord les ressources dans le village », assure la première adjointe Stéphanie Hartmann. « On a la chance, se félicite Albert Goetz lui-même menuisier, d’avoir beaucoup de personnes manuelles dans le village. »
Ce coup de main au fil de l’année permet à cette commune de 720 habitants de rêver en grand. Et de porter des projets – en complément de l’action des deux employés municipaux – que ses seules finances ne permettraient pas de mener. Sur la rénovation de l’éclairage public, l’intervention des habitants a permis d’économiser 80 000 €. Pour le ravalement de la façade de la mairie, le montant est estimé à 22 000 €. « Généralement, cela permet de diviser par deux la facture », estime Stéphanie Hartmann.
Bref, ces chantiers participatifs sont un vrai moteur pour la commune. Un moteur qui fonctionne à la bonne volonté et à l’énergie des habitants. Et ce depuis onze ans. C’est l’ancien maire Gérard Jost qui a enclenché la machine. « Il souhaitait que le village obtienne la première fleur », se souvient Albert Goetz. Alors tout le monde a mis la main à la pâte. « Les gens appelaient pour arroser les fleurs le dimanche. » L’investissement paye : le village décroche le précieux sésame et trois ans plus tard la seconde fleur.
« Quand tu as le temps de regarder la télé, tu as le temps de donner des heures à la commune »
L’objectif atteint, le soufflé de la mobilisation citoyenne, lui, ne retombe pas. Le secret de la longévité ? Personne ne sait trop. En tout cas, à Bergbieten, on ne se contente pas d’une journée citoyenne une fois dans l’année. Huit samedis en moyenne (parfois également en semaine), qu’il pleuve, qu’il vente, ils sont plusieurs dizaines à répondre présent. Beaucoup d’élus, des membres d’associations (foot, pompiers) et habitants. « On a parfois atteint les 70 (soit 10 % de la population) participants. Depuis le Covid, on limite à 20-25, détaille le maire. On a un listing de gens que l’on contacte par SMS quelques jours avant. Ensuite c’est du bouche-à-oreille. » « Le midi, on partage le repas – payé par la commune – et le soir un verre de l’amitié, explique Dominique Staudt. Ces journées sont aussi des temps d’échange. »
« Pendant le Covid, ces journées ont manqué à certains, reprend le maire. C’est devenu une habitude, comme une famille qui se retrouve. » « Quand tu as le temps de regarder la télé, tu as le temps de donner des heures à la commune », estime de son côté le conseiller municipal Francis Philipp.
« On sent un vrai état d’esprit et une fierté de faire avancer le village, termine le maire. On n’a pas d’argent mais des bras et de la motivation. »

Author: Joachim Reynard

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